Les influglandeurs : pour faire désenfler leurs chevilles, retirez le Klout !

L’imposture commence dès la page d’accueil : « Everyone has Klout », peut-on lire sur la homepage du célèbre et controversé  outil de « mesure d’influence » Klout.
Non, tout le monde n’a pas de Klout : ceux qui ne sont pas utilisateurs de twitter n’ont pas de Klout.
Cela fait déjà un grand nombre de personnes sur Terre (environ 6.1 milliards ).

Pas besoin d’un long discours pour démontrer que Klout est une imposture.
Il suffit simplement :
1. De regarder le top100 des « influenceurs » en France 
2. Puis de lire la définition de l’influence.
« Action, généralement continue, qu’exerce quelque chose sur quelque chose ou sur quelqu’un »
« Ascendant de quelqu’un sur quelqu’un d’autre »
« Pouvoir social et politique de quelqu’un, d’un groupe, qui leur permet d’agir sur le cours des événements, des décisions prises, etc.  »
Dictionnaire Larousse 

Oui c’est sûr, les personnes de ce top100 possèdent un pouvoir social et politique majeur. Ils agissent sur le cours des événements en France. Ils font régulièrement la une de l’actualité. Ils possèdent une notoriété internationale. Les 10 premiers sont même de sérieux candidats au célèbre « person of the year » 2011 du Magazine Time.

Soyons sérieux.
Combien de personnes en France connaissent les « influenceurs » de ce top100 ?
Pas grand monde à vrai dire, à part la communauté des geeks et gens du web / social media, et encore ceux qui ont assez de temps libre pour errer sur les réseaux sociaux…

De la même manière que le nombre de pages vues ou de visiteurs sur votre site ne vous dira jamais si les visiteurs ont aimé votre site ou on trouvé l’information qu’ils recherchaient, Klout ne pourra jamais mesurer l’influence :  Klout compte des clics, des tweets et des retweets ; l’influence ne se comptabilise pas, ça s’appelle de la psychologie.

La dernière Cène
Jésus n’avait que 12 followers, ça ne l’a pas empêché par la suite d’avoir beaucoup d’influence.

 

L’imposture de Klout réside essentiellement dans deux raccourcis :
1- « J’échange avec d’autres, donc je suis influent »
C’est évidemment un raccourci grossier : c’est oublier le concept de « bruit » et la définition de l’influence.
2- Je rediffuse une information, donc j’ai été influencé par cette information
C’est discutable : il m’arrive parfois de retweeter une information qui ne m’intéresse pas mais que je pense qu’elle pourrait intéresser mes followers (c’est le principe de twitter, non ?)
A l’inverse,  je ne vais pas forcément tweeter  ou retweeter un billet qui m’influence réellement.

Klout joue sur la confusion entre intérêt et influence, mais aussi entre partage et influence :
Je peux être intéressé par une information sans qu’elle m’influence.
Je peux partager une publication sans qu’elle m’influence.

Autre critique : pour pouvoir influencer, encore faut-il penser par soi-même.
Si quelques personnes du top100 sont réellement influenceurs dans le sens ou ils font part de leur point de vue et de leur analyse, la plupart ne fait que rediffuser des publications ou écrire des billets qui ne sont que des traductions des billets de mashable et autres techcrunch, billets plus conçus pour flatter le SEO et le nombre de visites que l’intelligence de leurs lecteurs.

Mais si Klout ne mesure pas l’influence, qu’est ce qu’il mesure ?

Klout mesure le niveau d’activité sur les réseaux sociaux, et notamment sur twitter.
Au plus vous tweetez, et notamment au plus vous échangez avec d’autres, au plus votre Klout sera flatté.

Autrement dit, au plus vous avez de temps libre pour errer sur twitter, au plus vous soignerez votre Klout. Facile, non ?

Alors faut-il être un « no-life » pour pouvoir être influenceur ?
Pour Klout, dans un certains sens, oui.
Outre le fait d’être du pain-bénit pour Twitter,  Klout pousse les utilisateurs à passer plus de temps à échanger sur twitter, en promettant le statut d’influent aux personnes les plus actives sur twitter.

Un recruteur me disait récemment avoir fait une grosse erreur dans le recrutement d’un poste de « community manager », en embauchant un « pro » auto-proclamé des réseaux sociaux, un « community manager influent », qui avait certes une bonne maîtrise des réseaux sociaux…mais pour un usage personnel : des milliers de followers, une maîtrise des us et coutumes de twitter certes…

Mais avoir 2000 followers ne signifie pas animer une communauté, et connaître la signification de #WTF #OMG et #Fail n’a jamais été très utile quand on développe la présence d’une marque sur les médias sociaux.

Si le score Klout peut éventuellement être utile pour mesurer le niveau d’activité d’une marque sur twitter (mesurer l’engagement, et non le ROI), espérons qu’il ne sera jamais utilisé dans le recrutement, sinon de telles erreurs de recrutement risquent d’être fréquentes, ce qui sera préjudiciable aux recruteurs comme aux candidats.

Oubliez les études et les diplômes !
Avec Klout, errer et glander sur twitter constitue la voie royale pour devenir influenceur.
Influglandeur..un métier qui va sans doute susciter de nombreuses vocations !

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