« Des barbelés sur la prairie » // Retour sur la conférence webculture à la Villa Gillet – Lyon – 10 février 2011

J’étais hier à la conférence sur la webculture à Lyon organisée par la Villa Gillet.

Sans vouloir faire dans le dithyrambique, le plateau était excellent, les discussions tout aussi excellentes.
C’est agréable d’assister à des discussions qui élèvent un peu (beaucoup en fait) le niveau de réflexion et en ouvrent de nouvelles.
Ça change des pseudos-réflexions et des brides d’informations sans intérêt et sans saveur, dupliquées et commentées à l’infini, qu’on a l’habitude de voir (et de ne pas lire) sur twitter au sujet des médias sociaux.

Les intervenants :
Virginia Heffernan, journaliste au New-York Times, Antonio A. Casilli,  sociologue et chercheur à l’EHESS et Dominique Cardon, aussi sociologue et aussi chercheur à l’EHESS, et chercheur à Orange Labs.
Animation : Sylvain Bourmeau, journaliste à Médiapart

Les discussions ont tourné autour de différents sujets, mais toujours autour d’une question centrale : est-ce que internet nous transforme ? Nous, c’est à dire, notre psychologie, notre rapport aux autres, au monde, nos modes de communication, notre rapport à la culture,…

Une idée m’a interpellé : le lien entre le retour à la prescription et le développement des « applications ».
Bon, c’est un peu compliqué à expliquer mais je vais essayer de le faire (arrêtez-moi si j’ai pas compris !) :

L’idée (qui a été abordée par Dominique Cardon si mes notes sont bonnes) est qu’avant la démocratisation d’ internet et notamment dans les années 80′, les consommateurs étaient dans une logique « contemplative » de l’information et de la culture, selon D. Cardon, donc non acteur.

On étaient « intimidés » par la culture ». Les critiques culturels jouaient alors un rôle important puisqu’ils étaient des guides, des prescripteurs, à une période ou les médias et donc les contenus devenaient plus nombreux (radios libres,…). Il fallait donc, parmi la masse de ces contenus, faire un tri et orienter vers un choix, une sélection.

Avec la démocratisation du web, cette logique éclate totalement. Le « World wide web », comme son nom l’indique est l’avènement d’un espace sans frontières, sans limites.
Tout devenait donc possible.

Plus tard, le web 2.0 est donc la conséquence de la création de cet espace sans limites, puisque le web 2.0 est l’appropriation par les individus de cet espace : ils parlent, échangent, critiquent, remettent en cause (jusqu’à remettre en cause des « experts » dont l’avis était avant respecté voire sacralisé, comme les médecins par exemple : aujourd’hui les patients critiquent les avis et prescriptions de leur médecins sur doctissimo. Cela rejoint d’ailleurs je crois un thème de travail d’Antonio Casilli).
La production de contenu et de culture devient alors illimitée.
Or, il est clair que même si notre consommation de contenu peut augmenter ou se transformer, il n’en reste pas moins que l’on a pas plus de temps aujourd’hui qu’hier pour consommer ces contenus. Cela me fait penser à ce dessin.

La masse des informations et des contenus est tellement importante et accessible (google), qu’il nous est difficile de faire des choix, de sélectionner les contenus qui pourraient nous intéresser.
Et donc, j’en arrive au développement des outils et applications « fermés », comme le sont les ipad, iphone.
Sylvain Bourmeau prend l’exemple du New-York Times :
Sur leur site web, il y a des dizaines, voire des centaines de liens sur la homepage. Comment s’y retrouver ? Comment sélectionner l’information ?
Avec l’application Ipad du NYT, il y a moins de contenus, moins de liens. Une sélection est déjà faire par l’éditeur, qui oriente et donc facilite la lecture.

Ce qui fait dire à Sylvain Bourmeau que les applis fermées sont des « barbelés dans la prairie ». (le web étant la prairie)
Superbe analogie !

Car les barbelés expriment deux choses : elles sont une frontière, et donc une limite, mais aussi une protection ou une sécurité, dans un espace libre.

Chris Anderson, rédacteur en chef de « Wired » avait écrit dans son fameux article « the web is dead » que les applis et outils fermés allaient tuer le web libre.
Personnellement, je trouvais cette prémonition un peu critiquable
Je me disais un peu « vive le web libre » et « the web is not dead », comme Virginia Heffernan l’a dit hier  ; on a tous besoin de cette liberté d’expression du web et, Dominique Cardon l’a expliqué hier, nous avons pris l’habitude de cette liberté d’expression.

L’analogie de Sylvain Bourmeau remet en cause cela car finalement elle peut expliquer le succès des  applis  et outils fermés : cela fonctionne car nous avons besoin de limites et de sécurité.
Cela repose sur l’idée que nous ne serions pas fait pour une liberté totale et des espaces sans limites, comme sur le web, que nous avons besoin de guides, d’autorité, nous avons besoin que des prescripteurs nous sélectionne l’information.

Est-ce que cela voudrait dire que l’immensité et la liberté du word wide web est anxiogène et que les mondes fermés nous rassurent ?
Il est vrai que, quand on recherche une information sur google, la masse d’informations disponible sur le web peut faire tourner la tête !
Antonio Casilli a parlé hier de l »utopie techno-sociale » du web.

Est-ce donc une remise en cause profonde de l’utopie du web libre et sans limites ?


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