Le CNRS sur youtube : un zeste de sciences, beaucoup de crédibilité

Parler de sciences en deux minutes (Une de moins, donc, que Ma thèse en 180 secondes), c’est le défi que s’est lancé le CNRS en créant le 20 novembre dernier la chaîne youtube « Zeste de Sciences ».

Exit les formats académiques et documentaires ; les vidéos postées abordent des sujets grand public (« la chute de la mouche ») et quotidiens (« comment ne pas renverser sa bière »), et reprennent les codes des youtubeurs : acteur face caméra et plan fixe, utilisation d’images décalées et de l’humour.

Objectif : parler au grand public et notamment aux plus jeunes, et faire sortir la science des laboratoires.

Un véritable changement de paradigme que nous expliquent aujourd’hui les acteurs du projet : Marie Mora Chevais, directrice de production à CNRS Images et responsable du projet, Loïc Bommersbach, Social media manager et Léa Bello, chargée de communication numérique et présentatrice sur les vidéos.

 

Il y a quelques années, le CNRS a investi les grandes plateformes vidéo, d’abord sur dailymotion, avec des formats documentaires de 10 à 30 minutes.
Aujourd’hui avec Zeste de Science, le format est très différent (dans la durée, les sujets le traitement, le schéma narratif). Évolution ou changement de cap ?

Marie : Nous produisions depuis longtemps au sein de CNRS Images des vidéos de vulgarisation scientifique pour un public amateur de sciences avec notamment des documentaires scientifiques. D’ailleurs près de 1500 films sont à visionner sur la vidéothèque du CNRS.

Loïc : Il fallait adapter le format dans la logique d’investir réellement cette plateforme, qui est plus regardée que la TV. Pour nous, c’est un projet très important ; c’est aussi une autre corde à notre arc en terme de communication.

 

La vocation de Zeste de Science, c’est…

Léa : Parler de science à un nouveau public, plus jeune, moins spécialiste. Et c’est aborder des sujets de recherche très divers à partir du décryptage d’images issues des laboratoires.

Loïc : Faire appel à des nouveaux visages de la science, tout en valorisant le travail des chercheurs. Ce qu’on apporte, c’est la rigueur et la validation scientifique, ce qui n’est pas forcément le cas sur d’autres chaînes. Nous participons ainsi à la lutte contre les fake news.

 

Quel est le public visé et l’objectif de la chaîne ?

Marie : le grand public et notamment les plus jeunes ; c’est une nouvelle cible pour nous. L’idée est de ne plus s’adresser seulement à des amateurs de sciences mais d’éveiller un public plus large et plus jeune à la science. La démarche est donc complètement différente.

 

Comment le projet s’est construit en interne ?

Marie : nous avons formé un petit groupe de travail avec la direction de la communication, la cellule numérique et CNRS Images. Nous nous sommes demandé : que devons-nous faire des productions scientifiques, au-delà des événements et communiqués que nous diffusons déjà sur d’autres supports ?

 

Depuis quelques années, les « youtubeurs sciences », qu’ils soient chercheurs, apprentis chercheurs ou amateurs youtubeurs se multiplient : dirtybiology  (521 689 abonnés), Cyrus North (272 395 abonnés) pour la philo, Stupideconmics (76 912 abonnés), C’est tout une histoire, pour l’histoire (106 795 abonnés).

Ces chaînes ont-elles été une source d’inspiration ?

Marie : Avec le développement des réseaux sociaux et notamment de Youtube, nous nous sommes dit qu’il fallait faire des productions spécifiques pour parler à un public plus jeune. Nous avons repris les codes des youtubeurs : acteur face caméra, utilisation de l’humour, tout en apportant ce qui nous caractérise : une expertise scientifique

Léa : Oui forcément, quand on se lance sur une plateforme aussi connue que Youtube, on regarde ce qui se fait, ce qui marche et ce qui se prête bien à notre projet.

 

Les vidéos de ces chaînes sont un peu plus longues (7 > 20 min) que celles de Zeste de Science (moins de 2min). Est-ce un choix ou une contrainte en terme de ressources ?

Marie : ce format court s’est imposé assez rapidement car il correspond aux usages de la cible grand public notamment des plus jeunes. Mais nous ne nous fermons pas à des durées un peu plus longues pour certains sujets.

 

Comment sélectionnez-vous les sujets traités ?

Marie : Le sujet vient de nous, nous partons des images des chercheurs et des communiqués de presse du CNRS pour sélectionner les sujets.
La sélection ne se fait pas en terme de discipline mais en terme d’images disponibles. Et puis on demande aux chercheurs s’ils sont d’accord pour que l’on parle de leur recherche sous cette forme assez nouvelle.

Quel est le rythme que vous vous êtes fixé dans la production d’épisodes ?

Marie :  Pour le lancement, nous sommes partis sur un rythme d’une vidéo par semaine ; en 2018 nous nous fixons l’objectif de 2 épisodes par mois.

 

Comment se déroule la réalisation d’un épisode ?

Marie : tous les lundis nous avons une réunion éditoriale. Ensuite Léa ou le youtubeur qui travaille avec nous écrit le scénario à partir des publications des chercheurs, en échangeant avec eux. Ce texte est ensuite validé par le rédacteur en chef et ensuite par un chercheur référent dans l’équipe citée.

Loïc : nous ne sommes pas trop inquiets pour trouver de nouveaux contenus, l’utilisation des caméras ultra-rapides, les modélisations, les images de plateformes permettent  de disposer d’images intéressantes.

Vous semblez avoir fait le choix de faire intervenir devant la caméra plusieurs présentateurs. Avez-vous pensé à n’avoir qu’une personne qui présente et de jouer sur l’aspect humain et lui donnant un nom, en créant un lien et une proximité avec les internautes ?

Marie : Léa est notre personne face caméra de référence ; pour autant, le CNRS ne peut pas avoir un seul visage. Nous comptons faire intervenir d’autres personnes : youtubeurs, des candidats  de Ma thèse en 180 secondes, des doctorants, …

Zeste de Science, est-ce que c’est de la science ou du divertissement, ou les 2 😉?

Marie : On adapte les codes de youtube pour décomplexifier les sujets scientifiques. c’est de la science en s’amusant.

Léa : c’est de la science, expliquée avec de l’humour, mais ça reste de la science plus que du divertissement.

 

Comment utilisez-vous le compte twitter associé à la chaîne, comme un simple relais des  vidéos mis en ligne, ou bien comme un véritable espace d’échanges, voire de médiation scientifique ?

Loïc : Nous sommes contraints en terme de moyen ;  pour l’instant, nous utilisons twitter comme un lieu de com sur le “off” de la chaîne (on dévoile les coulisses, la production, les nouvelles vidéos) et d’échanges autour des vidéos, ce qui est déjà une bonne chose !

Avez-vous prévu d’investir d’autres plateformes ? Je pense à Snapchat qui pourrait être un format intéressant pour vous…

Loïc : Nous sommes déjà présents sur Snapchat et effectivement nous regardons s’il est possible de développer de nouveaux contenus spécifiques snapchat. Nous avons aussi d’autres projets de chaînes, avec l’idée de faire une chaîne par type de public.

Merci Léa, Marie et Loïc et bonne continuation dans ce beau projet !

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